Risque de chute : Péchus donne du “power” aux seniors

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La fragilisation liée à l’âge est une réalité objective. Elle dépend aussi de facteurs psychosociaux. La prise de conscience varie selon les individus

seniors souriant assis

Créé le 30/08/22, modifié le 20/03/26

Aller chercher les seniors là où ils sont, géographiquement, mais aussi dans leurs représentations mentales : c'est tout l'originalité du projet de recherche Péchus, mené entre 2024 et 2026 soutenupar la Fondation MAIF.


Déployé sur le département d’Indre-et-Loire, un atelier mobile de prévention est allé au-devant de populations qui peinent le reste du temps à accéder aux services de santé.

Situées en “zones blanches” ou déserts médicaux, elles sont loin du soin, et donc loin de la prévention. L’objectif est que chaque participant trouve avec Péchus l’opportunité de prendre la mesure de son état personnel de fragilité - réel ou supposé - et donc de son risque de chute. Avec un but avoué : se (re)prendre en main, afin de prévenir une future perte d’autonomie.

Méthodologie innovante

L’expérimentation s’est déroulée en trois temps : un atelier mobile d’évaluation ; un entretien téléphonique à six mois ; un atelier de suivi. D’installation rapide, l’atelier Péchus était mis à disposition des relais territoriaux naturels que sont les centres communaux d’action sociale (CCAS). Au total, Péchus se sera arrêté dans une petite vingtaine de localités d’Indre-et-Loire. Il a accueilli en initial une cohorte de 173 seniors - personnes âgées de plus de 70 ans - sollicités par les CCAS et associations locales. Femmes et hommes confondus, près de 80 % des participants présentaient des signes de fragilité.

D’une durée de 45 à 60 minutes, la “consultation” Péchus incluait pour chaque senior un questionnaire sociologique orienté sur son activité physique, autour d’une soixantaine de questions, une mise en situation dans un espace reproduisant un univers domestique - en l’occurrence une cuisine, espace plus ou moins familier aux femmes et… hommes ! - et des tests de motricité.

Évaluation multifonctionnelle

La force du projet Péchus tient dans l’entrecroisement des facteurs biologiques, psychologiques et sociologiques de la fragilité - une approche “biopsychosociale” dans le jargon scientifique. L’évaluation tient compte à la fois des données objectives de fragilisation (des indicateurs comme l’équilibre, la marche et la force de préhension) et du “ressenti” de santé, mais également du gradient social (catégorie socioprofessionnelle, niveau d’études, différences femmes/hommes).

Se trouvaient de fait associés à la genèse du projet une ergothérapeute rattachée au service de gériatrie du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours et une équipe du centre de recherche en sciences sociales Sports et Corps (CRESCO) de l’Université de Toulouse, spécialiste des pratiques corporelles. Des partenaires académiques auxquels se sont jointes les sociétés AbilyCare (tests de motricité, appui à la mise en œuvre) et PROX6NOV (conception du stand, soutien logistique et technique).

Approche sur mesure

Calibré pour identifier capacités motrices et facteurs de vulnérabilité, le programme Péchus fournit à chaque senior son bilan, ses préconisations et son plan d’action personnalisé, selon son profil propre et son environnement. Une approche sur mesure qui explique sans doute que le projet recueille auprès des participants un taux global de recommandation de 85 % et un taux de satisfaction qui dépasse les 90 %.

Autre indicateur : les 70 % de taux de rétention, autrement dit le pourcentage de personnes qui décident de rester de bout en bout dans le dispositif, depuis l’atelier initial jusqu’à l’atelier de suivi. Signe que Péchus touche à son objectif : motiver les seniors à prendre soin de leur santé. Sans surprise, les trois-quarts des participants qualifiés de “robustes” en entrée de dispositif pratiquent régulièrement la marche, au-delà de 30 minutes par jour. L’activité physique confirme ainsi chez les personnes âgées son statut d’arme antichute.

Construction de genre

Alors, ce risque de chute, question de nature ou de culture ? Les deux, en réalité. Péchus montre que la perte d’autonomie chez les personnes âgées n’est pas seulement liée à des facteurs biologiques et physiologiques. Le niveau d’étude, la catégorie socioprofessionnelle et le degré de connaissances sur les bonnes pratiques de santé influent sur le niveau de fragilisation des seniors. 

Ce phénomène de “conscientisation” est renforcé par la construction et la socialisation de genre. S’il est un domaine où l’égalité femmes/hommes est respecté, c’est bien celui des chutes. Or le “rapport à soi” n’est pas le même. Il véhicule des stéréotypes, comme le virilisme, et conduit à des attitudes différenciées : quand les femmes expriment leur inquiétude face au risque de chute, les hommes tendent à afficher… un peu trop d’assurance ! Alors qu’il est dans le domaine de la santé un invariant : “Plus je suis inquiet, plus j’adhère aux préconisations.”

C’est l’ensemble de ce “différentiel social” que le projet Péchus met au jour, en faisant le constat d’inégalités sociales de fragilité, liées au capital scolaire, économique, voire culturel. Sur l’échantillon de personnes âgées qui ont participé à l’expérimentation, on constate que 70 % des seniors ayant un diplôme secondaire et universitaire ont un équilibre normal, quand ils ne sont que 31 % chez les non-diplômés. En calque inversé : 38,5 % des non-diplômés présentent une instabilité anormale, quand ils ne sont que 7,6 % chez les diplômés. En d’autres termes encore : plus le niveau d’étude est élevé, plus le senior est autonome dans les activités de la vie quotidienne ; moins la catégorie socioprofessionnelle est élevée, moins grande est la réceptivité aux messages d’information.

Inégalités sociales de fragilité

Chaque année, on compte en France près de deux millions de chutes de personnes âgées. Des chutes qui entraînent quelque 100 000 hospitalisations et surtout près de 10 000 décès, soit la première cause de mort accidentelle chez les seniors. L’urgence à agir a motivé en 2022 le plan triennal antichute du gouvernement français, avec l’objectif de réduire de 20 % ce nombre de chutes. Ce plan pointe notamment la nécessité d’un “aller vers” les populations cibles.

Le projet Péchus ajoute une brique à cette démarche. En faisant apparaître des inégalités sociales de fragilité — inégalités socioéconomiques, de genre et de niveau éducatif — et en insistant sur la nécessité d’engager des actions prioritaires d’évaluation et de prévention destinés aux hommes âgés. Aller chercher ces seniors là où ils sont et là où ils en sont, et adapter dans le même temps les messages de prévention à la diversité des profils sociaux des publics concernés.

 A lire aussi : 

Principaux intervenants

Mathilde RIVOAL, Ergothérapeute en équipe mobile de gériatrie au CHRU de Tours.

Yves MORALES, Maitre de conférences en sciences sociales à Université Paul Sabatier Toulouse. 

Marc VAN DER CRUYSSEN, Directeur de la startup AbilyCare.

Véronique LANDAIS, Présidente de Prox6Nov

Date de début / Durée

2024 - 24 mois

Documents à disposition

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